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ASP(R) Alix Roellinger. « Encadre une PMM est une forme d’aboutissement »

Alix Roellinger appartient à cette génération que d’aucuns qualifient de blasée, indifférente, presque extérieure à sa propre vie. Et pourtant, il suffit de lire les lignes qui suivent pour se rendre compte que l’implication, l’enthousiasme, la passion de servir son pays ne sont pas l’apanage des années. En mettant au service du lien Armée-Nation, son expérience, ses savoirs, sa motivation, Alix Roellinger est de celles et ceux qui aspirent à servir, désireux de donner de leur temps, et animer une PMM en bloque des périodes, en toute humilité.

LV(R) Mikaël Cabon

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Nom : ROELLINGER Prénom : Alix Grade : ASP ® Spé : EMSER

BIO :

2014 : cursus double-diplôme

– Master II de l’Institut d’Etudes Politiques (IEP) de Rennes, sécurité défense, mention bien : formation en géopolitique, missions, moyens et organisation de la défense française et européenne, droit de la cyber sécurité

– Master II de la Faculté de droit de Rennes 1, droit public général : formation de juriste avec une spécialisation en droit administratif, droit constitutionnel et droit des collectivités territoriales

2013/2014 : Institut des Hautes Etudes de Défense Nationale (IHEDN) :

– Séminaire Master II Défense et géopolitique, note sur la vente des BPC Mistral à la Russie

– 79 ème séminaire jeunes, note sur le risque de dissémination des armes nucléaires au Pakistan

2010/2012 : licence IEP de Rennes : erasmus en Turquie à Istanbul (Ticaret Üniversitesi)

2008/2010 : classes préparatoires aux grandes écoles (voie littéraire), mention bien, Brest

Collectivités territoriales

Région Bretagne, Direction de la mer, du développement maritime et du littoral (octobre 2014 à septembre 2015) : chargée du suivi des affaires administratives et financières sur la mise en place et la gestion du Fond européen pour les affaires maritimes et la pêche (FEAMP

Ministère de la Défense. Délégation aux affaires stratégiques (juin à août 2014) : chargée de mission, notes pour le cabinet du Ministre sur les enjeux des approvisionnements en matériaux stratégiques (France, UE, Allemagne, Royaume-Uni) ▪

Marine nationale (réserve opérationnelle)

– Instructrice et adjointe au chef de centre PMM Brest (septembre 2014 à avril 2015) : adjointe au chef de centre (ASP), gestion du budget, encadrement des stagiaires, instructrice sur l’organisation et les missions de la Marine Nationale

– Sémaphore de Socoa (juillet 2013) : adjointe chef de quart opération (QM1), veille météo et radar

– Centre régional opérationnel de surveillance et de sauvetage Corsen (2008/2011) : adjointe chef de quart circulation (MO1), action de l’Etat en mer, surveillance du dispositif de surveillance du trafic d’Ouessant, identification de navires marchands

Au-delà de ces activités, je pratique beaucoup de sport entre endurance (semi-marathons et trails de 23 km) et sports de combat (judo et krav maya).

Pour commencer, votre PMM ! Comment avez-vous entendu parler des PMM ?

Mon père est un ancien sous-marinier, c’est donc lui qui m’a parlé des PMM, en m’expliquant quels étaient les objectifs d’une telle formation: connaître les rudiments de l’organisation de la défense et de ses moyens, apprendre à marcher au pas, le port de l’uniforme, la cohésion.

Quelles ont été vos motivations et démarches pour en savoir plus et faire acte de candidature ?

A cette époque, j’envisageais de m’engager dans la Marine nationale. J’ai donc cherché à découvrir le monde de la Marine et de la Défense avant d’éventuellement concrétiser mon engagement. J’étais également très intéressée par la possibilité de devenir réserviste. Cela permettait notamment d’occuper un emploi saisonnier valorisant, avec une formation (FMIR), dans un milieu spécifique souvent méconnu du grand public.

Quelle PMM avez-vous intégré ?

J’ai intégré la PMM de Brest 2007/2008.

Intégrer une PMM est-ce difficile ? Comment cela se passe ?

Le plus difficile dans une PMM, surtout lorsque l’on est lycéenne, c’est d’avoir la motivation de se lever (très) tôt un samedi matin sur deux. Cela implique également de bien savoir s’organiser avec les cours du lycée et de ne pas se laisser déborder. Il faut aussi parfois faire une croix sur certaines sorties avec les amis, qui ne comprennent pas forcément notre démarche. Mais une fois la phase du réveil passée, l’ambiance de la PMM permet de vite oublier ces désagréments. On y rencontre de nouvelles personnes, les encadrants ont souvent beaucoup d’expérience et sont désireux de les faire partager. La PMM Brest a également la chance de se dérouler dans un cadre d’exception. Le CIN a une vue imprenable sur la rade de Brest, ce qui rendait les exercices de marche presque agréables !

Une fois en son sein, comment se passent les choses et qu’avez-vous appris ?

L’un des temps fort de la formation a été la semaine bloquée. C’est une période où on peut réellement prendre le temps de connaître les autres stagiaires et durant laquelle on partage des expériences fortes telle que le tir au FAMAS. C’est un exercice qui m’a réellement marqué car on tient une arme dans les mains, ce qui n’est pas anodin. La semaine est également ponctuée par de nombreuses visites de bâtiments ce qui permet de rencontrer des marins et d’avoir une approche concrète de ce qu’est un engagement dans la Marine nationale.

Votre meilleur souvenir de la PMM ?

Je pense que la cérémonie de remise du diplôme est un moment fort. Il y a une dimension solennelle, les uniformes doivent être parfaits, il y a des officiels, des étapes bien précises dans le déroulement de la cérémonie, on nous remet l’insigne de la PMM. Mais c’est surtout une occasion pour les familles de venir nous voir et bien souvent elles sont très fières, voire impressionnées. Ce moment est donc assez émouvant et en plus il marque la fin de notre cycle d’apprentissage.

A l’issue de la PMM, avez-vous effectué une FMIR ?

J’ai eu la chance d’effectuer une FMIR GUETIF (guetteur de la flotte) à la suite de ma PMM. J’ai donc pu recevoir une formation de deux semaines à l’école navale, pendant le mois de Juillet. Ce fut également une expérience très enrichissante, car les FMIR regroupent tous les réservistes de France ayant choisi la spécialité guetteurs. Cela donne lieu à des rencontres et à un brassage intéressant, avec encore une fois de bons souvenir à la clé.

L’ESR est difficile à obtenir ? Comment avez-vous fait ?

Mon ESR actuel a été assez difficile à obtenir ! J’ai du réellement démontrer que j’avais les épaules pour ce poste ! A l’origine j’ai postulé à une offre parue dans la newsletter de l’APER de niveau EV1 alors que je n’étais que QM1 ! La question du grade s’est alors naturellement posée en plus de mes capacités à réellement pouvoir encadrer plus de 60 jeunes. Je pense que ma candidature a pu être retenue de part mon diplôme. Je venais de valider deux masters II en même temps, dont l’un dans la sécurité et la défense et je revenais de trois mois de stage au Ministère de la Défense (à la Délégation aux affaires stratégiques). En parallèle je donnais des cours particuliers à des élèves de terminale, j’avais donc une « expérience de terrain » avec les jeunes. Mais je crois surtout que la régularité de mon engagement dans la réserve a aussi beaucoup joué. Au total j’ai effectué cinq années de réserve, dans des unités diverses où ma présence a toujours été bien perçue.

Quelles ont été vos motivations ?

La réserve représente un lien avec le monde de la Défense auquel je suis attachée. Ces expériences professionnelles ne sont pas communes et sont autant d’atouts mobilisables dans la recherche d’emploi par exemple. De plus, toutes mes affectations se sont toujours très bien passées, riches en enseignements et en relations humaines. Je voulais donc pouvoir perpétrer cet engagement mais à un poste qui me permettrait de valoriser mes diplômes et mon « vécu ». Le poste à la PMM Brest m’a donc tout de suite intéressée. D’autant plus qu’étant issue de la PMM Brest, cela constituait une forme d’aboutissement.

Existe-t-il des critères d’éligibilités pour accéder aux fonctions que vous occupez actuellement ? Avez-vous du suivre une formation spécifique ?

Mon diplôme de l’IEP de Rennes spécialisé sur la Sécurité et la Défense m’aide beaucoup au quotidien. En effet, je suis en charge des cours sur les missions et les moyens de la Marine nationale, choses que j’ai notamment étudiées à Sciences-Po. Je souhaite également introduire un cours supplémentaire sur la défense européenne et en Europe. Il s’agit d’un module qui ne fait pas partie du programme officiel des PMM et qui est pourtant très important. La France n’opère pas seule en OPEX, que cela soit au Mali (EUTM Mali), en RCA (EUFOR RCA) ou encore dans les opérations de luttes contre la piraterie au large de la Somalie (opération Atalante). Ces déploiements ne relèvent que de la défense européenne UE. On pourrait également citer les participations françaises au sein de l’OTAN -en Afghanistan (IFAS) et en Libye (Unifies Protector) – qui est également un pilier de la défense en Europe.

Combien de jours en moyenne cela vous prend sur une année ? Votre ESR est souscrit pour combien d’années ?

Mon ESR suit le rythme des sessions PMM, même si je dois également dégager du temps supplémentaire pour préparer les cours, les présentations et les devoirs ! Au final la PMM me prend deux jours par mois en moyenne, auxquels il faut ajouter la période bloquée d’une semaine en avril et les différentes cérémonies commémoratives, soit environ 25 jours par an. Mon ESR a été souscrit pour 5 ans.

Quelles sont vos missions ?

Mon poste au sein de la PMM a une double casquette. Je suis à la fois instructrice et commandante en second. Je suis donc chargée d’épauler le Commandant dans les démarches administratives comme : les organisations des sorties, des séances de sport, la création des OCM et la rédaction des comptes rendus. Cette année nous avons également inscrit la PMM au prix collectif réserve jeunesse, il y avait donc tout un dossier à monter pour concrétiser notre candidature. D’autre part, je dispense des cours et à ce titre je suis en charge des enseignements sur les missions et les moyens de la Marine Nationale, sur l’UE et l’OTAN et sur la réserve.

Votre meilleur souvenir à ce jour de votre ESR ?

Mon ESR actuel n’a commencé qu’en octobre et il me reste donc encore beaucoup de chemin à parcourir et beaucoup de bons souvenirs en perspective ! Cependant une anecdote me fait toujours sourire. Je dispensais un cours sur la réserve où il s’agissait de présenter son organisation, ses missions ou encore les conditions d’éligibilité pour devenir réserviste et la répartition par corps. J’ai alors senti que les élèves étaient dissipés (et à 65 en face de vous dans un amphithéâtre cela se voit !). J’en ai déduit que mon diaporama devait avoir une erreur ou quelque chose de « drôle ». En effet, j’avais utilisé l’acronyme MDR. Dans le jargon de l’armée cela signifie militaire du rang, mais pour les jeunes… Mort de rire…

Comment est-ce que votre entourage perçoit votre engagement ?

Je suis issue d’une famille avec beaucoup de militaires, mon père était sous-marinier, mon frère revient tout juste du Mali, ma soeur postule au lycée naval, donc mon engagement ne pose aucun problème. Il est très bien perçu depuis le départ mais c’est surtout mon dernier ESR qui a beaucoup satisfait mon entourage. Le fait de pouvoir passer officier et d’encadrer les stagiaires de la PMM Brest constituait une forme d’achèvement et d’aboutissement.

Comment conciliez-vous la réserve, la vie privée et la vie professionnelle / associative / scolaire ?

Les sessions PMM se déroulant le samedi et travaillant actuellement à la Région Bretagne à Rennes, je termine parfois mes semaines (très) fatiguée et donc pas toujours très disponible pour les sorties entre amis les week ends ! Cependant je pense que j’ai beaucoup de chance car la réserve est très bien perçue dans mon entourage professionnel. Mon directeur actuel est un administrateur des affaires maritimes et me soutien dans cet engagement.

Quels sont vos projets professionnels ?

Actuellement mon contrat à la Région Bretagne à la Direction de la mer, va jusqu’en Septembre 2015. Cela me laisse donc le temps de me forger une expérience professionnelle et de pouvoir passer des concours tels que administrateur des affaires maritimes ou attaché territorial. Si tout se passe bien je souhaiterais pouvoir continuer au sein de ces services où je peux à la fois mettre à profit mes enseignements universitaires tout en restant dans le domaine maritime.

Avez-vous déjà convaincu des personnes de s’engager dans la réserve ou intégrer une PMM ? Si oui, lesquelles et comment ?

Il était assez difficile d’inciter les gens de mon entourage universitaire à s’inscrire à une PMS pour éventuellement intégrer la réserve. En effet, plus les études sont longues plus elles sont chronophages et il est alors difficile de dégager du temps pour suivre ces formations. Cependant, toutes les personnes avec qui j’ai pu discuter de la réserve ont trouvé cette expérience originale et très intéressante. A mon sens elle dispose en effet de plus d’avantages que d’inconvénients, même si certains points peuvent parfois être décourageants. Si j’ai pu passer du grade de matelot à celui d’aspirant, c’est surtout parce que j’ai constamment proposé mes services, signifié mes disponibilités et été attentive aux offres que proposait l’APER. Sans cette motivation et ces démarches, PERSONNE ne vient vous chercher ou vous signifier les offres disponibles (et elles sont loin d’être toutes pourvues) alors que l’on pourrait s’attendre à ce type de démarches de la part de certains organismes… Je pense que c’est également un message important à faire passer pour toute personne souhaitant s’engager ou progresser dans la réserve.

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Avez-vous un message à faire passer aux jeunes qui se demandent si ça vaut la peine d’intégrer une PMM et / ou la réserve ?

Je pense que n’importe quel jeune menant à bien la PMM et si possible une période de réserve pourra lui aussi mettre en avant des qualités telles que la persévérance, la discipline, l’aptitude au travail, la rigueur, ainsi qu’une certaine ouverture d’esprit. Ce sont des valeurs importantes qui intéressent tout employeur, surtout lorsque notre société a malheureusement parfois tendance à les oublier. J’encourage donc tous les jeunes qui sont déjà dans une PMM à tenir bon ! Ce n’est pas toujours facile entre les examens, la vie privée
… Mais le jeu en vaut définitivement la chandelle.

Interview : LV ® Laurent Betti

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